Une longue histoire…

Le Royaume de Tauride est un petit État dont l’histoire remonte à la plus haute Antiquité. Mais tandis qu’aujourd’hui son territoire est réduit à la seule île de Cocymie, il exista par le passé des États beaucoup plus vastes portant ce nom.

Une terre vingt fois conquise (-438 / 1774)

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En 1776 Stanislas Siestrzencewicz – Bohusz Ă©crit dans son livre intitulĂ© Histoire de la Tauride : «Parmi les pays qui ont figurĂ© avec Ă©clat sur la scène mobile du monde, la Tauride est un de ces pays les plus fameux par le nombre des diffĂ©rents peuples qui l’ont occupĂ© tour Ă  tour et par la rapiditĂ© des rĂ©volutions qu’il a subies.»

En effet, ce territoire au nord de la mer Noire changea une vingtaine de fois d’occupants, à partir de l’implantation des premières cités grecques ioniennes au cours du VIème siècle avant JC, jusqu’à l’époque actuelle.

Dans l’AntiquitĂ© lointaine, Homère place sur les rivages de la Tauride l’Ă®le mythique d’Ogygie, oĂą vivait CalypsĂ´, et oĂą aborda Ulysse.

Le premier Royaume de Tauride se forme en -438 par l’union des cités grecques côtières cherchant à résister à la pression des Scythes continentaux. Cette première dynastie s’effondre finalement en -108 et les scythes ravagent le pays. L’année suivante, le roi du Pont annexe la Tauride à ses États et sa dynastie, soutenue par l’empire romain va se maintenir jusqu’en 335.

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A partir de cette Ă©poque, alors que la Tauride cĂ´tière et insulaire reste grĂ©co-romaine puis byzantine, le reste de la pĂ©ninsule est successivement occupĂ© par les Goths (250 après J.-C.), les Huns (376), les Bulgares (Ve siècle), les Casares (VIIIe siècle), les Russes de Kiev (Xe-XIe siècles), les Petchenègues (1016), les Kiptchaks (1050), les Coumans (1171), les Tatars et les Mongols (1237). En 1214, les VĂ©nitiens s’emparent finalement de la cĂ´te et des ports byzantins, mais en 1235 l’empire grec de TrĂ©bizonde les leur reprend, pour les concĂ©der finalement durant le XIIIe siècle aux GĂ©nois, qui les conservent jusqu’en 1430.

En 1430, la Tauride insulaire et côtière devient territoire ottoman, tandis que la Tauride continentale est sous la domination tatare du Khanat de Crimée. Ce royaume musulman vassal de la Sublime Porte va se maintenir jusqu’en 1774, avant de succomber une fois de plus à des assauts venus du nord : ceux des Russes.

Une indépendance sur le fil du rasoir (1774 / 1853)

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Au terme d’une guerre russo-ottomane (1768-1774), la Tauride retrouve une indĂ©pendance factice. En effet, l’impĂ©ratrice Catherine II chasse les khans de CrimĂ©e et offre le royaume Ă  son fils naturel, AlexeĂŻ Grigorievitch Bobrinski (1762-1816), qu’elle avait eut de son amant Grigori Orlov. AlexeĂŻ prend ainsi en 1774 le nom d’Alexis Ier, roi de Tauride, alors qu’il a Ă  peine 12 ans, et que l’impĂ©ratrice compte sur la servilitĂ© absolue de son petit bâtard.

Mais le jeune Alexeï développe au fil des ans un caractère vindicatif opposé à la politique expansionniste de sa mère.
Finalement, en 1783, l’ImpĂ©ratrice, comprenant que le dĂ©bouchĂ© vers la MĂ©diterranĂ©e pourrait peut ĂŞtre lui Ă©chapper, ordonne Ă  ses Cosaques d’annexer purement et simplement toute la Tauride Ă  son empire. Avec l’aide de l’empire ottoman, AlexeĂŻ tente de lever des troupes de mercenaires, mais doit rapidement se retrancher sur l’île de Cocymie (en russe « KokhĂŻnmya »), dont la flotte russe ne peut alors s’emparer, et dès lors, le Royaume de Tauride est rĂ©duit Ă  ce seul territoire insulaire.

Cette petite île à peine plus grande que Rhodes empoisonne aussitôt les relations internationales autour de la mer Noire.

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En 1787, l’empire ottoman déclenche une nouvelle guerre contre la Russie (la septième) dans laquelle est impliqué le petit royaume rebelle. La Turquie souhaite que soit restaurée l’indépendance de la Crimée continentale au profit du roi Alexis, ce que Catherine II refuse catégoriquement. Pendant cette guerre, la Sublime Porte est soutenue par la Grande-Bretagne, tandis que la Russie est alliée à l’Autriche.

Mais ce conflit se solde par un Ă©chec, et la Turquie doit reconnaĂ®tre, par le traitĂ© de Iassy l’annexion russe du khanat de CrimĂ©e et la fondation de la base navale de SĂ©bastopol. La Russie obtient la forteresse d’Otchakov, situĂ©e Ă  l’embouchure du Dniepr, et agrandit son territoire sur le littoral de la mer Noire. Cependant, l’indĂ©pendance du petit royaume insulaire de Tauride est sauvĂ©e et officiellement reconnue par Catherine II.

Lorsqu’en 1796 meurt Catherine II des suites d’une attaque cardiaque,  elle aurait prononcé sur son lit de mort au sujet de son fils illégitime : « Cet homme là a préféré défendre un rocher que d’hériter d’un empire ! » L’impératrice avait en effet pensé à léguer son empire à son bâtard, dont elle appréciait la pugnacité, plutôt qu’à son fils légitime (Paul Ier) qu’elle n’aimait pas.

C’est pourtant Paul qui hérite de l’empire russe, et les préoccupations liées à la Révolution française vont reléguer au second plan la nécessité d’annexer le « rocher » à l’empire de toutes les Russies.

C’est ainsi que pendant toute la période napoléonienne, le roi Alexis Ier renforce sa notoriété internationale, joue le jeu d’une habile diplomatie, et fait reconnaître l’indépendance de sa petite monarchie par les grandes puissances européennes.  Lorsqu’il meurt en 1816, son fils ainé Alexis II hérite donc du trône en toute sérénité.

Quarante ans plus tard, la guerre de Crimée (1853-1856) va pourtant de nouveau faire vaciller cet équilibre fragile.

Une guerre pour la Tauride (1853 / 1920)

Le Tsar Nicolas Ier de Russie, qui règne depuis 1825, renoue avec les visées expansionnistes de son aïeule, et souhaite se ménager un débouché vers la Méditerranée en profitant de la faiblesse de plus en plus flagrante de l’empire Ottoman.

C’est alors que l’île de Tauride revient brutalement et brièvement sous les feux de l’actualité mondiale.

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Dans la nuit du 30 novembre 1853, la Russie détruit la flotte turque, et en 1854, elle occupe la Moldavie, la Valachie et débarque en Tauride, dont elle dépose le roi Alexis II au mépris des conventions internationales. En février, la France et la Grande-Bretagne demandent à la Russie de quitter ces trois principautés. Le 27 mars 1854 sans réponse de la Russie, Napoléon III et Victoria lui déclarent la guerre.

Les franco-anglais débloquent la situation en s’emparant dès le mois d’avril de la petite île, et y restaurent momentanément Alexis II. L’année suivante, les Russes sont chassés de Crimée. Cette défaite marque la fin de leur progression vers la Méditerranée et la ruine de leur politique ambitieuse poursuivie depuis la fin du XVIIIe siècle.

La Tauride voit une fois de plus son statu conforté par le traité de Paris de 1856, mais ne retrouve pas son territoire continental perdu en 1783. De plus, les grandes puissances occidentales, soucieuses de garder une main sur ce point stratégique de la mer Noire, imposent à Alexis II de nommer comme successeur son deuxième fils, Nicolas, qui se marie en 1865 à la comtesse Hélène de La-Celle, fille illégitime de Napoléon III et de sa maîtresse Elizabeth-Ann Harryet. Par dépit malveillant, les russes surnomment alors la Tauride « royaume des bâtards ».
En 1862, Alexis II décède, et son fils cadet prend donc la succession sous le nom de Nicolas Ier de Tauride, tandis que son fils aîné, Alexandre, rejoint la cour de Russie.

La Tauride retrouve ainsi la paix jusqu’en 1920, date à laquelle l’Histoire mondiale fait de nouveau basculer le petit Etat de mer Noire dans la tourmente.

Le viol des dictateurs (1920-1990)

La Tauride était restée neutre lors du déclenchement de la première guerre mondiale, en 1914. Cette même année, la flotte ottomane bombarde les côtes russes non loin de la Tauride, puis la bataille des Dardanelles éloigne la guerre des côtes tauriques jusqu’en 1917.
À partir de cette année, l’effondrement de la Russie et la révolution bolchévique vont avoir de plus en plus de répercussions sur le royaume de la mer Noire. En effet, dans la guerre civile entre rouges et blancs qui s’ensuit, le roi Nicolas II (roi depuis 1901) sort de sa neutralité et prend position pour les blancs monarchistes. Il aide donc les généraux de l’armée blanche à organiser la contre-attaque tsariste. En 1920, le général Wrangel commandant les blancs est pourtant contraint d’abandonner la Crimée aux bolcheviques, et une partie des 146 000 personnes qu’il réussit à faire évacuer se réfugie sur l’île de Tauride. Parmi ces réfugiés, un agent communiste parvient à s’infiltrer et à assassiner Nicolas II le 13 décembre 1920. Son fils Alexis devient roi alors même qu’il se trouve en Crimée afin d’aider les derniers blancs à quitter la Russie. Comble de malchance, le nouveau roi est capturé, puis assassiné le 21 janvier 1921. C’est alors sa sœur Hélène qui devient reine de Tauride.

PhotoAidée par ses appuis internationaux, notamment par la France et la Grande-Bretagne, la nouvelle reine de Tauride parvient à faire respecter l’indépendance de son île par son grand voisin communiste… pour un temps.

Consciente de la précarité de sa position, Hélène Ière de Tauride va jouer un rôle très positif pour son pays, et le peuple gardera de son règne (1921-1944) un souvenir excessivement positif. Elle développe l’économie de l’île, soulage la population d’une grande partie de ses impôts, instaure des hôpitaux et des stations balnéaires, puis introduit le casino à Kokhïngrad, à l’instar de Monaco. Elle doit renoncer en 1922 à épouser le frère du Général Wrangel dont elle était éprise, et consolide ses alliances internationales en épousant en 1924 Paul Alexandrovitch Ramonov, un riche inndustriel anglo-russe.

Lorsqu’éclate la seconde guerre mondiale, la Tauride confirme une fois de plus sa neutralité, et espère bien rester en marge du conflit. L’île ne présente plus le même intérêt stratégique qu’au siècle passé, et l’indépendance de la Tauride est garantie par les Alliés. Pourtant, les Nazis envahissent l’île en novembre 1941, et la reine Hélène se constitue prisonnière, refusant de sortir de son palais et portant l’étoile jaune en signe de soutien à la population juive de l’île. Pour autant, les allemands n’attentèrent jamais à la vie d’Hélène de Tauride. Puis, lorsque les Allemands perdent du terrain en Russie continentale, une résistance de la population taurique parvient à libérer l’île du joug nazi plus rapidement que ne l’aurait permis le recul des forces de l’Axe. En novembre 1943, la Tauride retrouve donc son indépendance, et sa reine est considérée comme une héroïne nationale.

Mais cette situation est de courte durée: Prenant ombrage de la popularité de la petite reine, Staline se rappelle au bon souvenir des tauriques en envahissant leur île en mars 1944. cette fois, Hélène est contrainte d’abdiquer en faveur de son fils Nicolas, puis l’île est tout simplement annexée à la République socialiste fédérative soviétique de Russie, sans autre forme de procès, et au mépris des lois internationales. Refusant de quitter l’île, l’ex reine est semble-t-il empoisonnée, tandis que son fils doit s’exiler et trouver refuge en France.

L’île vit alors les heures les plus sombres de son histoire : une partie de sa population, notamment les tatars et les grecs pontiques, sont dĂ©portĂ©s et remplacĂ©s par des russes. Lorsqu’en 1954, Nikita Kroutchev offre la CrimĂ©e Ă  la RĂ©publique socialiste soviĂ©tique d’Ukraine pour marquer le 300e anniversaire de la rĂ©unification de la Russie et de l’Ukraine, l’île de Tauride reste Ă©trangement dans le giron russe. La dĂ©stalinisation des annĂ©es 1960 permet aux populations originaires de revenir peu Ă  peu dans leurs anciens domaines, mais les sĂ©quelles de la pĂ©riode stalinienne et le sentiment national perdurent jusque dans les annĂ©es 1990.

La rocambolesque restauration (depuis 1990)

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S.M. le Roi Nicolas III n’avait jamais renoncĂ© Ă  retrouver son trĂ´ne, et se fut certainement l’un des ex-souverains des pays de l’est les plus engagĂ©s dans la restauration de la monarchie. AgĂ© de 61 ans en 1990, il suivit de très près les Ă©vĂ©nements politiques en Ukraine et en Russie. En Ukraine, le Parlement adopta, le 16 juillet 1990, la DĂ©claration sur la souverainetĂ© politique du pays qui fut sentie comme le premier pas vers l’indĂ©pendance complète de l’Ukraine. En Russie, Eltsine, prĂ©sident du Soviet suprĂŞme de la RSFS de Russie dĂ©clara la souverainetĂ© de la Russie et dĂ©missionna du Parti communiste. Comprenant que l’occasion Ă©tait inespĂ©rĂ©e, Nicolas III parvint Ă  se rendre sur l’île de Tauride, et Ă  se faire reconnaĂ®tre au palais royal de KokhĂŻngrad. Soutenu par la population de la capitale, il tint tĂŞte Ă  la garde rouge dĂ©moralisĂ©e et proclama le soir du 11 juin 1991 « la souverainetĂ© politique de la Tauride ». EngagĂ©es dans leur propres rĂ©formes , l’Ukraine et la Russie furieuses furent incapables de rĂ©agir, d’autant que dès le 23 aoĂ»t, un rĂ©fĂ©rendum confirma Ă  95,7% le souhait des habitants de l’île Ă  voir restaurĂ©s Ă  la fois leur indĂ©pendance et leur monarque. Le lendemain, l’Ukraine proclama Ă  sont tour son indĂ©pendance. La semaine suivante, l’URSS cessa d’exister suite Ă  la dissolution dĂ©cidĂ©e lors de la rĂ©union Ă  Minsk des dirigeants russe, ukrainien et biĂ©lorusse. DĂ©but septembre, le Royaume-Uni fut le premier État Ă  reconnaĂ®tre officiellement le Royaume de Tauride, puis la Russie s’y rĂ©solut en octobre.

Cette restauration subite fit craindre de pareils événements en Roumanie, en Bulgarie et en Albanie, où les gouvernements postsoviétiques limitèrent drastiquement le droit des anciennes familles royales à revenir au pays.

Puis, l’indĂ©pendance de la Tauride rendit plus vif le sentiment national de la CrimĂ©e continentale, qui proclama ses propres lois le 5 mai 1992, mais dĂ©cida plus tard de rester dans l’Ukraine en tant que rĂ©publique autonome. Enfin, la restauration de cette indĂ©pendance compliqua les relations entre l’Ukraine et la Russie, devenues rivales pour le contrĂ´le de cette zone, et les pressions sur le petit royaume indĂ©pendant ne font que croitre depuis 1991.

PhotoLe 16 juin 2008, Nicolas III, toujours sans héritier désigné à 79 ans, malgré de nombreux mariages, épouse une jeune française issue de l’ancienne aristocratie, Émilienne de La Levrette, de 55 ans sa cadette. Ce mariage choque les chancelleries internationales, et le soir même de son mariage, Nicolas III trouve la mort dans des circonstances troubles. Selon la loi héréditaire du Royaume, héritée de la loi de succession russe du XVIIIème siècle, c’est le testament du roi qui désigne le prochain souverain. Or, le roi sans héritier avait désigné sa future épouse comme successeur. C’est ainsi qu’à 23 ans, une jeune française peu expérimentée et perçue comme une fille de paille, se retrouve propulsée au rang de reine d’un petit pays aux richesses enviées. Celle-ci délégue rapidement une grande partie de ses prérogatives au chef du gouvernement, et poursuit en parallèle une carrière de chanteuse de variété francophone.


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