Là où tout se passe!

Bien que de petite dimension, le royaume de Tauride recèle des lieux magiques, tant dans sa capitale Kokhïngrad, que dans le reste du territoire insulaire.

Carte du Royaume de Tauride

Kokhïngrad

La cité de Kokhïngrad est attestée depuis la plus haute Antiquité. Elle fut fondée par une colonie de Grecs ioniens vers 550 av. JC et s’appelait alors comme l’île qui l’abritait : « Kokymia », en Français « Cocymie ». Ce nom qui signifie « la gémissante » aurait été donné en mémoire d’Iphigénie, la prêtresse d’Artémis, éplorée de devoir sacrifier son frère Oreste à peine débarqué en Tauride. Mais la cité grecque changea de nom au gré de ses envahisseurs successifs : Les vénitiens et les génois la nommèrent « Cocentina », les turcs « Akkokïm », et les russes enfin « Kokhïn-grad », ce qui fut transcrit en Français « Coquingarde » à la fin de l’Ancien Régime.

Le Palais Royal

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Le Palais Nikolaï fut construit à partir de 1777 sur l’île de Cocymie, en vue de devenir une résidence de villégiature impériale. Mais en 1783, à peine achevé, il devint le Palais Royal de Tauride, ce qu’il est resté jusqu’à la deuxième guerre mondiale. Après l’invasion soviétique de 1944, ce magnifique palais abrita un « commissariat populaire à la sécurité intérieure » chargé d’opprimer la population pour la soumettre au stalinisme. Après l’indépendance de 1990, il retrouva sa fonction initiale de palais royal et fut restauré afin de faire disparaitre les séquelles de la misérable parenthèse communiste.

Construit sur les plans d’un architecte français ayant travaillé pour le roi de Pologne, le palais royal est un chef d’œuvre de l’architecture du XVIIIème siècle. Il comprend 58 pièces aménagées avec grand art, et donne à l’est sur un jardin à la française. Le Palais Royal est ouvert à la visite une seule fois par an, lors des journées européennes du patrimoine.

La cathédrale Notre Dame de la Sainte Absence de Dieu

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La cathédrale est la plus grande église de l’île. Elle fut bâtie entre 1784 et 1806 sur les ruines d’une mosquée, qui avait elle-même été bâtie à partir d’une église romane, elle-même issue d’un temple dédié à Artémis. Elle devait être consacrée selon le rite orthodoxe russe par le métropolite de Simferopol (en Tauride continentale), mais l’hostilité de l’Etat russe à l’égard du petit royaume indépendant fit sans cesse reporter ce projet. Finalement, lassé d’attendre la visite d’un père de l’église orthodoxe, Alexis Ier prit en 1812 une décision pleine de la philosophie et de la dérision si conformes à l’esprit des Lumières : Il fonda l’Eglise Absenthéiste, et consacra sa cathédrale selon les rites de cette nouvelle croyance. L’absenthéisme prône que Dieu existe, mais qu’il n’est pas disponible pour l’instant. Aussi, à son image, les prêtres existent, mais ne sont jamais là, et la cathédrale fut consacrée par le constat de cette double absence.

Construite dans la plus pure tradition russe, la cathédrale de Kokhïngrad est facilement reconnaissable à ses bulbes d’or et à sa silhouette blanche élancée. Elle est l’écrin d’une collection de magnifiques statues de Sts et Stes absenthéistes sculptées au début du XIXème siècle. La cathédrale est ouverte toute l’année.

Le Grand Hôtel de la Reine

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Le grand hôtel de la Reine fait face au Palais Royal et fait partie du même plan d’urbanisme réalisé à la fin du XVIIIème siècle à Kokhïngrad. C’est ici que sont descendues tour à tour toutes les personnalités venues rendre visite aux rois et reines de Tauride depuis l’époque d’Alexis Ier.

Restauré en hôtel quatre étoiles, il compte aujourd’hui trois suites, quinze chambres luxueuses et un restaurant de renommée internationale à la table duquel on peut apercevoir la Reine les jours où les cuisines du Palais Royal ne sont pas à la hauteur.

La tour du guet

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La tour dite « du guet » est un campanile érigé par les vénitiens du temps où ils occupaient l’île entre 1214 et 1235. Il fut préservé et restauré plusieurs fois par les conquérants successifs de Cocymie car sa position sur le port et sa dimension de 32 mètres de hauteur en faisaient un incomparable point de vue de surveillance sur la mer. Pour autant, il n’empêcha jamais les envahisseurs de s’emparer de l’île, et les vénitiens en furent les premières victimes au XIIIème siècle. C’est pourquoi une superstition se répandit à son sujet au XIXème siècle : Tout chef d’Etat qui montrait à son sommet verrait son pays envahi avant la fin de sa vie. Les derniers à avoir bravé cette légende sont Saddam Hussein, en tournée officielle en URSS en 1980, et Mouammar Kadhafi, sur invitation du roi Nicolas III en 2006.

Le Casino Royal

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Le Casino Royal fut construit dans les années 1920 sous le patronage de la Reine Hélène soucieuse d’augmenter les ressources financières de ses Etats. Elle-même ne s’y montra jamais car elle n’affectionnait pas les jeux d’argent, mais le casino attira à Kokhïngrad une foule de personnalités et d’artistes de l’entre-deux guerres, notamment les membres des mouvement surréaliste et dadaïste. C’est au casino de Kokhïngrad qu’un dadaïste français en villégiature se serait écrié, après avoir perdu tout son argent au jeu : « Nous n’acceptons pas les lois de l’Économie ou de l’Échange ! Nous n’acceptons pas l’esclavage du Travail ! »

La restauration de 1990 a remis le casino au goût du jour et il s’est enrichi, depuis l’avènement de S.M. la Reine Emilienne d’une salle de spectacles dédiée au music-hall.

L’île

La plage blanche

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La plage blanche est une longue bande de sable clair qui longe toute la côte sud de l’île. « C’est beau ! C’est majestueux ! » s’était écrié Léon Tolstoï au cours de son passage sur la côte taurique. Située à 10km de Kokhïngrad, la plage blanche est réputée pour sa longue saison balnéaire qui dure de mai à novembre. A la fin du XIXème siècle, certains villages de la côte sud ont attiré l’attention des célébrités et peu à peu, à l’image de la côte d’azur, ont émergé des stations balnéaires fréquentées par la haute société russe. De luxueuses villas sont encore aujourd’hui les témoins de cette époque faste. Mais désormais la côte taurique est surtout connue pour être la plus grande et la mieux préservée des plages gayes d’Europe de l’est. Au bout de chemins tortueux connus des seuls initiés, on accède à des plages paradisiaques. On bronze là étendu sur le sable ou sur des rochers, desquels on plonge comme des phoques se rafraichir dans la mer. Attention tout de même aux oursins !

Les gorges profondes

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Les gorges profondes sont un peu les petites sœurs du grand canyon américain. Elles sont formées de plusieurs vallées, creusées dans la montagne calcaire pendant plusieurs millions d’années. Ces gorges sauvages et étonnantes sont un miracle de la nature ! A mesure que l’on s’y enfonce, les falaises qui les surplombent deviennent de plus en plus abruptes. La profondeur des gorges atteint 330 mètres, et sa longueur près de 2 km. L’eau a creusé au fond de ces ravins des cascades et des baignoires naturelles. L’eau y est si pure et si froide, qu’elle a acquis la réputation de redonner la jeunesse à celui qui s’y baignerait. Un écosystème particulier s’est adapté à ces conditions climatiques exceptionnelles, et poussent ici des « souliers de Vénus » ainsi que d’autres orchidées rares.

La montagne des saints oubliés

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La montagne de l’île de Cocymie n’est pas de haute dimension, mais elle est de belle allure. Comme les montagnes de Tauride continentale, dont elle est une excroissance maritime, la montagne des saints oubliés est faite d’anciens récifs préhistoriques surélevés par les forces tectoniques et découpés par l’érosion du vent. Ses sommets offrent autant de vues fantastiques sur toute l’île et ses flancs sont criblés de grottes dans lesquelles ont fabriquait jadis la glace destinée au Palais Royal. Cette montagne sauvage fut le refuge d’ermites chrétiens pendant tout le Moyen-Age et jusqu’à la période turque. Après leur mort, ces sages gagnaient une réputation de sainteté, mais comme ils ne furent jamais reconnus par aucune église, on les surnomma « les saints oubliés ». Alimentant le sentiment national des habitants de l’île, l’histoire de ces saints fut finalement valorisée au XIXème siècle par l’Eglise Absenthéiste.

Le temple de la Lune

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Le temple de la Lune est l’un des plus précieux témoins de l’occupation antique de l’île. Il est juché sur un promontoire rocheux à 30 km au nord-est de Kokhïngrad. Dès avant l’arrivée des Grecs, un temple dédié à la Lune existait à cet emplacement, et l’astre de la nuit a par la suite été assimilé à Hécate. Selon le mythe antique, c’est dans ce lieu sacré qu’Iphigénie était prêtresse. Mais avec plus de certitude, on sait qu’en ce temple était rendu un oracle de la Lune par une prêtresse semblable à la Pythie de Delphes. A Cocymie, cette devineresse était appelée la « Mythô » et rendait son oracle en mâchonnant des feuilles de salade. C’est de là que provient l’expression: « La Mythô m’a raconté des salades. » Cet oracle local eut un grand succès durant toute l’Antiquité, puis fut déserté au début du Moyen-âge. Dans les années 610 un tremblement de terre ruina définitivement cet illustre lieu de culte, et il fut rapidement oublié.

Mais au tournant des années 1900, le cousin du roi Nicolas II, le Comte et archéologue Alexeï Alexandrovitch Bobrinski, conduisit dans la région une série de fouilles archéologiques qui permirent de mettre au jour ces impressionnants vestiges de la culture antique en Tauride insulaire.

La ruine des Ange

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Les ruines d’un château fort médiéval s’élèvent depuis plusieurs centaines d’années au dessus de la mer au nord-est de l’île. Il s’agit des restes d’une place forte bâtie à la fin de la période byzantine, entre 1150 et 1200. Après la prise de Constantinople par les Croisés en 1204, l’empereur Alexis III Ange, chassé de ses anciens Etats, s’y réfugia entre 1208 et 1210, année de sa mort. C’est pour avoir accueilli cet empereur byzantin et quelques membres de sa famille que la forteresse prit le nom de « forteresse des Ange ». Mais lorsque la Tauride retrouve son indépendance en 1774, la forteresse n’est plus qu’une ruine qu’Alexis Ier Bobrinski n’a pas les moyens d’entretenir, et dont il va même jusqu’à extraire les pierres pour les travaux d’embellissement de Kokhïngrad.


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