le Comte de Pirouette

Sa Ravissante Majesté rencontra celui qui allait devenir le comte de Pirouette sur le site de rencontres gothadate.com, spécialement conçu pour satisfaire les têtes couronnées célibataires.

Comte de Tauride

Celui qui se donnait pour pseudonyme « Pirouette » Ă©tait un jeune parisien de 24 ans au profil attrayant : Ses traits fins et secs, sa peau très claire, ses cheveux blonds et ses yeux bleus lui donnaient un aspect de jeune allemand. Sa Ravissante MajestĂ© ne sait plus lequel des deux aborda l’autre, tant l’attirance sembla rĂ©ciproque sur le moment. Après quelques Ă©changes Ă©crits, les numĂ©ros de tĂ©lĂ©phone furent donnĂ©s et il fut convenu d’un rendez-vous dans un Ă©tablissement parisien avec vue sur le parc de Bercy.

 

L’éphèbe arriva un peu en retard au rendez-vous. Il n’habitait pas du tout à Paris comme son profil l’indiquait, mais venait d’une lointaine et obscure banlieue, entre Chelles et Gournay. Passant outre ce petit désagrément, la Reine accueillit son rendez-vous avec un sourire inoxydable. Au cours du déjeuner qui suivit, les deux jeunes gens firent plus ample connaissance, abordant librement de nombreux sujets. Emilienne sembla cependant plus décontractée que son interlocuteur.  Au terme du repas, la Reine invita le jeune homme à prendre un café à l’ambassade de Tauride à Paris, qui était toute proche. Une angoisse passa dans le regard du futur comte, et il s’en expliqua sur le champ :

 

« Je ne voudrais pas coucher dès le premier rendez-vous, mais n’ai aucune volonté pour résister à une telle tentation. Je vous en supplie, promettez moi que nous resterons vertueux ! »

 

Cette demande à genoux tombait mal. Elle entrait en contradiction avec la promesse que la Reine s’était faite à elle-même, à l’issue de sa récente déconvenue avec le vicomte de Phrygide, résumée par sa devise : « D’abord coucher, Réfléchir après ».

Sa Ravissante Majesté après un court silence répondit donc au bel Adonis :

 

« Pardonnez-moi cette pirouette, mais je ne peux vous promettre qu’un café ! »

 

Les deux jeunes gens se mirent tout de même en chemin vers l’ambassade. La promesse donnée fut tenue. Celle qui n’avait pas été donnée ne le fut pas, et comme il l’avait prédit, le grand garçon ne résista pas aux assauts de la Reine! Malheureusement, il se trouva trop chagriné d’avoir succombé à la divine tentation pour profiter de cet instant autant que sa nouvelle amie.

 

Lorsqu’ils se quittèrent, il lui laissa le souvenir ébloui de ses fesses blanches, ainsi qu’un bonnet en laine noir. Elle, lui accorda le titre de comte de Pirouette, ainsi que la  possibilité de la revoir pour poursuivre leur aventure.

Mais retourné à sa banlieue reculée, le jeune comte perdit l’énergie des grandes échappées parisiennes, et il devint impossible pour la Reine de revoir son amant d’un jour.

Ne perdant pas espoir de le faire revenir dans ses bras, elle lui envoya plusieurs messages, mais rien ne redonna au garçon sa vigueur perdue. Dans un dernier message, elle s’adressa à son cœur pour lui en montrer toute la noirceur :

« Vous avez abandonné sans pitié votre bonnet et ne revenez même pas le chercher… Quel monstre froid êtes-vous, Pirouette ? »

Le comte répondit enfin, par un petit mot d’excuse pour son silence et sa lâcheté, mais ne revint pas chercher son bonnet abandonné.

 

Après l’échec de sa relation avec le vicomte de Phrygide, cette nouvelle déconfiture affligea la Reine. Révoltée par l’attitude du comte de Pirouette, elle résolut de dépasser ce drame personnel et de se porter au secours de la véritable victime : le bonnet abandonné.  Elle l’adopta généreusement, puis se rendit compte qu’un fléau similaire d’une ampleur bien plus vaste faisait chaque jour des milliers de victimes : l’abandon des gants ! Elle fonda donc le Groupe d’Adoption des Gants Abandonnés (le GAGA). C’est ainsi que l’avortement de ses amours avec un comte ingrat fut sublimé en œuvre caritative et humanitaire.

 

Désormais, le comte de Pirouette semblait relégué au rang de l’anecdote. Pourtant, deux ans après cette première rencontre,  les deux anciens amants se croisèrent de nouveau.

Dans ce laps de temps, Sa Ravissante Majesté avait résolu de ne plus consulter de site de rencontres sur internet. Mais après bien des aventures, elle était retourné sur gothadate.com. Peut être moins pour y trouver l’amour que pour y mener une étude anthropologique sur les pseudonymes des inscrits sur ce genre de site. Elle y avait en effet découvert des pseudonymes tout à fait curieux tels que « Pute-à-jus » ou encore « Défonce-cul ». Ces surnoms l’avaient fait beaucoup réfléchir sur les liens sociaux engendrés par de tels sites.  Or, au cours de son étude, elle retomba fortuitement sur son ancien amant, qui n’avait pas changé de surnom et se faisait toujours appeler « Pirouette ».

Elle jeta un coup d’oeil rapide sur son profil. Elle se rappelait parfaitement de lui, mais il avait changĂ©. Il portait la barbe, ses traits s’Ă©taient durcis.  Elle se garda bien de le contacter et passa son chemin. Mais Ă  sa grande surprise, le comte de Pirouette, qui s’Ă©tait rendu compte de sa visite, lui Ă©crivit!

 

Il lui communiqua, très enthousiasmĂ©, qu’il la trouvait très sĂ©duisante, et qu’il aimerait vraiment beaucoup la rencontrer! La Reine trouva fort divertissante l’inconsĂ©quence de cet homme…  Certes, la beautĂ© d’Emilienne ne faisait que croĂ®tre d’annĂ©e en annĂ©e, et ce, sans chirurgie esthĂ©tique ! Mais comment un homme pouvait-il ne pas se rappeler de celle qui l’avait anobli ?

Elle lui rĂ©pondit donc, dans le seul but de savoir s’il commettait l’outrage de se moquer d’elle, ou le crime de l’avoir oubliĂ©e…  Quelques messages suffirent pour dĂ©terminer que le comte de Pirouette pensait rĂ©ellement s’Ă©prendre d’une vierge. Et comme il s’impatientait de ne pas obtenir de rendez-vous, la Reine lui objecta :

« Mon cher Pirouette, on dit qu’un coup de foudre ne tombe jamais deux fois au même endroit, et la dernière fois vous y avez laissé votre bonnet. Adieu donc. »

Puis elle coupa cours Ă  la conversation, et lui attribua la devise: « Pirouette vaut cacahouète »

Ainsi se terminent Ă  ce jour les hauts faits du comte de Pirouette.
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Armoiries du comte de Pirouette

Armoiries du comte de Pirouette: De gueules parsemĂ© de cacahuètes d’or
Devise: Pirouette vaut cacahuète


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Cette entrée a été publiée le Samedi 7 septembre 2013 à 21 h 32 min, et rangée dans Les intimes de Sa Ravissante Majesté. Vous pouvez suivre les réponses à cette entrée via son flux RSS 2.0. Vous pouvez laisser un commentaire, ou faire un rétrolien depuis votre site.


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