le Vicomte de Phrygide

Le vicomte de Phrygide fut l’amant officiel de la Reine de Tauride d’avril à mai 2011. Jugé goujat, il fut interné au Goujag de janvier 2012 à mars 2013.

Vicomte de TaurideQuelques semaines avant de devenir son amant, le vicomte de Phrygide avait été repéré par la Reine dans un établissement de nuit à Paris. Les coordonnées avaient été échangées, mais le contexte international avait empêché la souveraine de donner suite à cette première entrevue.
Rappelons qu’à l’époque, la Tauride était en proie à une terrible crise de la dette publique, qui nécessita une longue négociation de la Reine avec le Président du FMI Dominique Strauss-Khan. Par ailleurs, le prince William, héritier du trône d’Angleterre, n’était pas encore marié, et traversait une période difficile avec sa fiancée Kate Middleton. Or, la Reine de Tauride n’était pas étrangère à cette crise du couple princier britannique, comme on l’apprit plus tard au moment où éclata « l’affaire des morpions de la Reine » (voir Comte de Big-Ben Morback).

C’est tout à fait fortuitement, dans une boutique de haute couture japonaise, que la Reine recroisa celui qui allait devenir le vicomte de Phrygide. Sa Ravissante Majesté était aux bras du baron de Diseur-Moinlecart lorsqu’elle reconnut la silhouette du jeune homme, la tête engoncée dans un curieux bonnet de shtroumpf. Mais avant même qu’elle ait pu dire un mot, le damoiseau s’était engouffré dans une cabine d’essayage. La Reine se proposait de l’y suivre, mais le baron de Diseur-Moinlecart suspendit son geste, en lui peignant le tableau du scandale qu’une intrusion royale dans une cabine d’essayage pour hommes ne manquerait pas de provoquer dans un pays étranger. Se laissant convaincre par les sages paroles de son escorte, la Reine se résigna à attendre l’homme au bonnet hors des cabines. Seulement le jeune homme semblait ne jamais vouloir ressortir, et la Reine avait rendez-vous avec la famille impériale japonaise à l’autre bout de Tokyo pour prendre un thé. Une fois de plus, le sort semblait séparer les deux jeunes gens…

Cependant, tandis qu’elle remontait dans sa Limousine banalisée pour se rendre au rendez-vous impérial, Emilienne se rappela qu’elle avait le numéro de téléphone du jeune homme dans son Vertu. Son intuition aigüe lui assurait que l’homme de Paris et l’homme au bonnet de Tokyo ne faisaient qu’un. La Reine se risqua donc à lui écrire un message. Et tandis que le véhicule luxueux fendait les airs en direction du Kôkyo, Sa Ravissante Majesté attendit toute confiante que le bel oiseau lui réponde. Une demie heure passa…

Toujours sans réponse à son arrivée aux portes du palais impérial, la belle assurance de la Reine commença à se fendiller. Elle contrôlait son Vertu toutes les cinq secondes avec une certaine nervosité, et une fois entourée de la famille impériale nippone dans le petit salon des réceptions officielles, Sa Ravissante Majesté était tout simplement hors d’elle! Sentant l’agitation troubler son invitée, l’impératrice Michiko porta la conversation sur sa pratique de la méditation zen, et conseilla à son homologue taurique un excellent professeur de cette discipline.  Mais au moment même où l’épouse de l’empereur tendait à la Reine de Tauride une tasse de thé brûlante, le téléphone royal se mit à vibrer! La Reine sursauta. La tasse bouillante qu’elle venait tout juste de prendre des mains de l’impératrice virevolta au dessus de la tête du petit prince Hisahito, âgé de cinq ans, troisième dans la ligne de succession au trône du Chrysanthème, seul mâle né dans la famille impériale japonaise depuis 1965

Il fallut à la Reine un sang froid phénoménal, allié à une dextérité peu commune pour rattraper la tasse en plein vol sans que celle-ci n’ébouillante le dernier espoir de la dynastie la plus vieille du monde. Au terme de cette fraction de seconde où l’Histoire aurait put basculer, les yeux écarquillés de la famille impériale fixaient avec effroi l’équilibre improbable que la reine avait su rétablir.

- « Redonnez moi le nom de ce professeur Zen, je vous prie… » demanda alors Emilienne en reposant calmement la tasse sur la table basse en bois laqué.

Retrouvant à son tour son sang-froid, l’impératrice répondit dans un sourire que son invitée n’avait, en définitive, pas besoin de ce genre de service. Et reprenant la conversation au point exact où l’incident l’avait interrompu, la petite assemblée passa un long moment à bavarder, le Vertu fermement étouffé entre les cuisses de la Reine, le petit Hisahito prudemment tenu entre celles de sa mère.

Tant et si bien que le soir venu, quand Emilienne prit congé de ses hôtes, elle n’avait toujours pas prit connaissance du message de son futur amant. Sitôt remontée dans sa limousine, la Reine se jeta frénétiquement sur son téléphone! Son flair ne l’avait pas trompé. L’homme au bonnet s’était reconnu. Il se déclarait flatté par l’attention de sa poursuivante, mais regagnait la France le soir même, et lui proposait donc un rendez-vous à Paris.

Lâchant un peu du lest hors de son agenda, la Reine permit que ce premier rendez-vous ait bien lieu quelques jours plus tard dans la ville lumière. Le jeune homme, qui s’appelait Roman, était journaliste-stagiaire spécialisé dans la Musique pour le compte d’une grande radio francophone. C’est pourquoi il parcourait le monde, à la recherche de nouveaux talents. Emilienne était chanteuse. Ils étaient fait pour se rencontrer! Dans un premier temps, la jeune femme n’avoua pas qu’elle était aussi reine de Tauride, de peur de fausser sa relation balbutiante avec un garçon clairement en dessous de son rang. Pourtant, se sentant en confiance avec lui, elle lui révéla sa véritable identité dès leur deuxième  rancard. Le jeune homme en parut bouleversé. Après un court moment d’introspection, il se rappela avoir vu la reine à la télévision, dans le rôle qu’elle venait d’interpréter pour la série Plans de Relance qui avait obtenu un grand succès auprès des téléspectateurs français…

Les deux jeunes gens se revirent. La Reine lui ayant raconté en riant l’épisode du texto et de la tasse de thé au palais impérial de Tokyo, le jeune homme lui offrit très gentiment un beau bracelet chinois pour s’excuser de son implication involontaire dans cet incident. Emilienne y fut très sensible, et elle l’invita en retour à un grand bal que donnait au cœur de Paris son amie la duchesse de Glahu. Puis ils se revirent une nouvelle fois en France, pour une longue après-midi romantique et ensoleillée sur les pelouses du château de Vincennes. Cela faisait maintenant plus d’un mois que le couple se fréquentait. Le joli mois de mai si propices aux amours, commençait à répandre dans la nature ses parfums aphrodisiaques, pourtant, la Reine et le journaliste n’avaient toujours pas passé une nuit ensemble…

Emilienne s’en inquiéta, et résolut de réparer ce tort au rendez-vous suivant. L’entrevue eut lieu cette fois à Kokhïngrad, au palais royal. Après avoir longtemps parlé, bu et mangé avec son chaste amant, la Reine l’invita à la rejoindre dans sa chambre. Mais étonnamment, le jeune homme s’y refusa. Après ces longues semaines de minauderies, la Reine insista et afficha clairement son désir de passer à la vitesse supérieure. En vain! Le Feu parlait à la Glace. Roman avoua à Émilienne qu’il était frigide, que les personnes à l’avoir vu dans le plus simple appareil se comptaient sur les doigts d’une main, et que celles à avoir pu profiter pleinement de lui, encore plus rares, y étaient parvenu par la force. Enfin, il conseillait à Émilienne de lui être infidèle si elle voulait rester avec lui.

A ce récit, la Reine vacilla sur sa chaise. Le choc était terrible. Elle se sentait trompée: Tous ces préliminaires pour découvrir qu’il n’y avait rien derrière la façade du flirt? Après un bref instant, Sa Ravissante Majesté dit d’une voix très sèche qu’elle entendait avoir une vraie relation avec un homme, qu’elle se refusait à le violer pour l’obtenir, et que par conséquent, elle se devait de mettre un terme à cette liaison. En souvenir des moments passés ensembles, elle le faisait cependant vicomte de Phrygide. Ce nom rappellerait à la fois le bonnet phrygien par lequel il s’était distingué à leur deuxième rencontre, et la nature lymphatique qui avait empêché le jeune homme de monter plus haut dans la hiérarchie nobiliaire de Tauride.

Le vicomte repartit piteusement du palais royal, et la Reine dormit seule cette nuit là. Ruminant sa mésaventure, elle se jura de ne plus jamais se laisser prendre au piège des longs préludes. Elle comprit tout le sens de ce vieux proverbe populaire de Tauride: « D’abord coucher, réfléchir après » et décida d’en faire désormais sa devise personnelle.

Quelques semaines après cette fatale conclusion, la Reine revint à des sentiments plus tempérés à l’égard du jeune vicomte. Elle lui adressa plusieurs messages, et l’invita même à une soirée de réconciliation à l’ambassade de Tauride à Paris. Ces messages restèrent cette fois-ci lettre morte. Ce silence indifférent du vicomte de Phrygide piqua au vif la susceptibilité de la Reine, et expliqua que le jeune homme tomba progressivement dans l’oubli par la suite. Pour autant, Sa Ravissante Majesté ne commanda pas son internement au Goujag à ce moment là. Ce n’est que deux ans plus tard, dans des circonstances totalement nouvelles, que la Reine envoya le noble indélicat au cachot.

Entre temps, la souveraine avait fait la connaissance de celui qui deviendrait Marquis de La Pompette. Par son attitude trouble, comme nous le détaillerons plus tard, le Marquis exaspéra la Reine. Soucieuse de ne pas rompre l’harmonie qu’elle s’efforçait de préserver entre eux, Emilienne eut recours à un échappatoire pour calmer ses nerfs. Elle demanda à son Premier Ministre de lui dresser la liste de ses anciens amants qui s’étaient rendus coupables de négligence manifeste et prolongée, en vue d’opérer une purge dans la noblesse taurique. Le nom du vicomte de Phrygide ressortit en première ligne. C’est ainsi qu’un beau matin de janvier 2012, la Reine ordonna l’envoi du vicomte de Phrygide au Goujag, en victime expiatoire des agissements du Marquis de La Pompette.  « Ô, reine injuste et cruelle!« , diront certains! Pas tant que çà. Car tandis que le vicomte de Phrygide allait moisir au Goujag pendant plus d’un an, la Reine offrit sa clémence à un autre mufle avant même qu’il passe les portes du pénitencier.

Dans le train de l’Amour en partance pour le Goujag se trouvait en effet un autre jeune homme: Le vicomte de Sainte-Allume. Sitôt qu’il comprit vers quel horizon funeste le portait sa disgrâce, ce goujat intelligent appela la Reine sur son portable et plaida sa cause auprès d’une femme ombrageuse mais attentive. Sainte-Allume fut immédiatement libéré, et devint par la suite consul de Tauride à Toulouse. Tandis que le vicomte de Phrygide, lui, toujours fidèle à sa conduite lamentable, se laissa mener sans mot dire dans les geôles du Goujag et y resta jusqu’à ce que la Loi d’amnistie sociale ne l’en libère en mars 2013.

 

Ainsi se terminent à ce jour les hauts faits du vicomte de Phrygide.
Retournez à la liste des intimes de la Reine —>

Armoiries du vicomte de Phrygide

— Armoiries du vicomte de Phrygide: D’argent au bonnet phrygidien de gueules
— Devise du vicomte de Phrygide: Phrygide n’est point turgide


Laisser un commentaire

Cette entrée a été publiée le Jeudi 18 juillet 2013 à 16 h 38 min, et rangée dans Les intimes de Sa Ravissante Majesté. Vous pouvez suivre les réponses à cette entrée via son flux RSS 2.0. Vous pouvez laisser un commentaire, ou faire un rétrolien depuis votre site.


Retour au haut de page

Copyright © 2009 Emilienne de La Levrette